Avis du pôle scientifique : Pastille verte.
La méthodologie de cette étude transversale permet de limiter le risque de biais.
La reconstruction du LCA concerne souvent des patients jeunes, actifs et pris en charge en ambulatoire, chez lesquels la dimension psychologique peut être sous-estimée.Cette étude fournit des valeurs de référence spécifiques à cette intervention et montre que les patients ne se distinguent pas uniquement par leur niveau d’anxiété : leur besoin d’information et leur réponse à la consultation diffèrent également. Elle soutient ainsi une approche préopératoire individualisée plutôt qu’une information standardisée identique pour tous.
Décrire l’anxiété préopératoire et le besoin d’information chez des adultes programmés pour une reconstruction ambulatoire du LCA, puis identifier des profils de patients à partir de leurs caractéristiques démographiques, de leurs scores APAIS et de leur satisfaction vis-à-vis de l’information reçue.
- Population : 319 adultes francophones (46,7 % de femmes ; âge moyen 31,2 ± 10,9 ans)programmés pour une reconstruction arthroscopique ambulatoire du LCA par autogreffe des ischio-jambiers, dans un centre unique. Les patients présentant une procédure osseuse associée ou un trouble psychiatrique diagnostiqué étaient exclus.
- Intervention : parcours préopératoire standardisé comprenant une consultation avec un chirurgien unique, une vidéo éducative, un entretien avec le coordinateur chirurgical, une brochure explicative et une consultation d’anesthésie. L’exposition étudiée correspondait principalement au niveau d’anxiété, au besoin d’information et à la perception de l’utilité de l’information fournie.
- Comparaison : comparaisons selon le sexe et selon les profils issus d’une classification nonsupervisée. Il ne s’agissait pas d’un essai comparatif avec groupe contrôle.
- Outcome : cores du questionnaire Amsterdam Preoperative Anxiety and Information Scale(APAIS). L'APAIS attribue un score total d'anxiété sur 20 ainsi que des sous-échelles : l'anxiété liée à l’anesthésie, l'anxiété liée à l’intervention, et, le besoin d’information vis-à-vis de l'intervention. Le seuil clinique du score total est de 11, des scores > indiquant une anxiété nécessitant potentiellement une intervention.
- Temporalité : Evaluation réalisée en moyenne 6,5 ± 14,3 jours avant l’intervention.
Sur 381 patients éligibles, 319 ont complété l’APAIS. Le score moyen d’anxiété était de 8,1 ± 3,4sur 20 et 52 patients (16,3 %) dépassaient le seuil clinique de 11. Les femmes présentaient des scores totaux, d’anxiété liée à l’intervention et de besoin d’information plus élevés que les hommes; l’écart n’était pas significatif pour l’anxiété liée à l’anesthésie. L’anxiété était associée au besoin d’information (χ² = 21,88 ; p < 0,001), ce qui suggère que la demande d’explications peut constituer un marqueur de vulnérabilité, sans toutefois se confondre avec l’anxiété elle-même.La consultation préopératoire semblait davantage satisfaire le besoin d’information que réduire le stress : 58,6 % des patients déclaraient une satisfaction modérée ou importante de leur besoin d’information, tandis que 63,9 % rapportaient une réduction nulle ou faible du stress. Cette dissociation indique qu’une information comprise et jugée suffisante ne produit pas nécessairement un apaisement émotionnel.Une analyse de classification non supervisée a permis de classer les patients suivant 3 profils: 1)anxieux, 2) faiblement anxieux et faiblement demandant en information et, 3) forte demande en information.
Le tableau résume les principaux résultats de l'étude.
Tableau 1. Principaux résultats et interprétations cliniques.


Infographie des résultats clés de l’étude
Avant une reconstruction ambulatoire du LCA, l’anxiété préopératoire cliniquement pertinente concerne environ un patient sur six et apparaît plus fréquente chez les femmes. Le besoin d’information est généralement faible à modéré, mais il augmente avec l’anxiété et constitue une dimension distincte de celle-ci. L’analyse de classification met en évidence trois profils différenciés, allant du patient très anxieux au patient peu anxieux mais fortement demandeur d’explications. La consultation préopératoire semble satisfaire plus efficacement le besoin d’information qu’elle ne réduit le stress. Ces observations plaident pour un dépistage bref et systématique des deux dimensions, suivi d’une communication adaptée. Elles doivent néanmoins être confirmées dans des études multicentriques et reliées à des résultats postopératoires objectifs.
L’APAIS peut être intégré au parcours préopératoire comme outil rapide de triage, idéalement avant ou au moment de la consultation chirurgicale. Un score d’anxiété élevé doit conduire à proposer une prise en charge émotionnelle spécifique (entretien ciblé, techniques de relaxation, soutien psychologique ou intervention éducative renforcée), tandis qu’un besoin d’information élevé appelle une explication personnalisée et une vérification de la compréhension. L’absence d’anxiété ne dispense pas d’explorer les attentes informationnelles du patient.