Avis du pôle scientifique : Pastille orange.
La méthodologie de cette étude transversale est susceptible d'avoir introduit des risques de biais.
En effet, la prévalence élevée observée doit être interprétée à la lumière du faible taux de réponse, du caractère déclaratif des données, de l’absence de questionnaire entièrement validé pour cette population et d’une puissance statistique post hoc limitée à 35 %.
Quoiqu'il en soit, cette étude documente, pour la première fois dans ce contexte, la fréquence de l’IUE au sein d’une population française d’athlètes féminines inscrites sur les listes ministérielles de haut niveau. Elle montre que ce trouble touche des femmes jeunes et très entraînées, sans être facilement prédit par les caractéristiques sportives ou médicales habituellement évoquées.
Pour les professionnels de santé, les entraîneurs et les structures de performance, ces résultats invitent à ne pas attendre l’apparition de facteurs de risque évidents pour aborder la santé pelvi-périnéale. Ils renforcent l’intérêt d’un dépistage systématique, confidentiel et non stigmatisant dans le suivi des sportives.
Quantifier la prévalence de l’incontinence urinaire d’effort dans différentes disciplines de l’athlétisme de haut niveau en France et rechercher les facteurs associés à sa présence.
- Population : 65 athlètes françaises de haut niveau, âgées de 18 ans ou plus, inscrites sur la liste ministérielle de la Fédération française d’athlétisme. Les participantes étaient réparties entre sauts, lancers, sprint, demi-fond et fond.
- Exposition : pratique de l’athlétisme à haut niveau et caractéristiques individuelles, sportives, gynécologiques, urinaires et médicales susceptibles d’être associées à l’IUE.
- Comparateur : athlètes présentant une IUE versus athlètes ne rapportant pas d’IUE ; comparaisons complémentaires selon la discipline et le type d’effort (explosif ou endurance).
- Outcomes : Critère de jugement principal: présence d’une fuite urinaire involontaire lors d’un effort sportif ou d’un autre effort provoquant une augmentation de pression (toux, éternuement, rire, port de charge, etc.). Critères secondaires : volume d’entraînement, âge, ancienneté au haut niveau, grossesses, régularité du cycle, antécédents, fréquence et urgence mictionnelles, impact psychologique ou compétitif et prise en charge en physiothérapie.
- Schéma d'étude : étude observationnelle transversale, fondée sur un questionnaire anonyme de 75 items, élaboré à partir de questionnaires existants (ICIQ, CONTILIFE®) et adapté aux disciplines de l’athlétisme par des cliniciens et spécialistes du plancher pelvien.
- Echantillon : Sur 378 athlètes sollicitées, 90 ont répondu et 65 questionnaires complets ont été analysés.
La prévalence de l’IUE atteignait 58 % (38/65).Parmi l’ensemble des participantes, 38,4 % rapportaient des fuites pendant la pratique sportive et 20 % uniquement lors d’autres efforts. La prévalence ne différait pas significativement selon la discipline (p = 0,36) ni selon le type d’effort, explosif ou d’endurance (p = 0,81).
Aucun lien significatif n’était observé avec le volume hebdomadaire d’entraînement (p = 0,31), la fréquence mictionnelle diurne (p = 0,67) ou nocturne (p = 0,36), l’urgence mictionnelle (p = 0,41), les grossesses (p = 0,19), la régularité du cycle menstruel (p = 0,34), les antécédents médicaux (p = 0,66), l’âge ou les années de pratique à haut niveau (tous p > 0,28).
Ces résultats indiquent que l’IUE est très fréquente, mais qu’elle ne peut pas être expliquée par un facteur simple dans cette population.La discussion suggère plutôt des mécanismes multifactoriels, notamment la fatigue neuromusculaire, la gestion de la pression intra-abdominale, les variations hormonales et le contrôle anticipatoire des muscles du plancher pelvien. La faible proportion d’athlètes prises en charge en physiothérapie (23 %) révèle par ailleurs un écart important entre la fréquence des symptômes et l’accès aux soins.

Tableau 1. Principaux résultats de l’étude et interprétation clinique.
Cette étude met en évidence une prévalence élevée de l’incontinence urinaire d’effort chez les athlètes françaises de haut niveau : 58 % des participantes étaient concernées, malgré un âge moyen de seulement 23 ans. L’absence d’association avec les disciplines ou les facteurs évalués montre que le phénomène ne peut pas être réduit à une catégorie de sport, à une charge d’entraînement ou à un profil clinique simple.
L’IUE chez la sportive de haut niveau semble relever d’interactions complexes entre contraintes mécaniques, contrôle neuromusculaire, fatigue, facteurs hormonaux et réponses individuelles. La faible puissance statistique, le faible taux de réponse et l’utilisation d’un questionnaire spécifique non validé limitent néanmoins la portée des conclusions.
Les résultats justifient des études prospectives intégrant des mesures objectives de l’activation abdomino-périnéale et du contrôle moteur. Ils soutiennent surtout la nécessité d’une meilleure prévention et d’un dépistage systématique au sein des structures de haut niveau.
Les professionnels accompagnant les athlètes féminines devraient intégrer des questions simples sur les fuites urinaires dans le suivi de routine, quelle que soit la discipline. Un symptôme ne doit pas être banalisé ni considéré comme une conséquence normale de l’entraînement. En cas d’IUE, une orientation vers un professionnel formé à la rééducation pelvi-périnéale est indiquée, avec une évaluation du contrôle moteur, de la gestion des pressions et des contraintes spécifiques au geste sportif. La prévention gagnerait à associer information, dépistage, travail respiratoire et abdomino-périnéal, adaptation des charges et coordination entre médecin, kinésithérapeute et entraîneur.