Avis du pôle scientifique : Pastille verte.
La bonne méthodologie de cette étude transversale permet de contrôler le risque de biais.
Cet article apporte une évaluation concrète d’une réforme majeure de la formation des kinésithérapeutes en France. Il montre que l’intégration de l’EBP dans les cursus améliore réellement les compétences des jeunes diplômés, tout en soulignant que la traduction des connaissances en pratique clinique reste incomplète. Ces résultats sont particulièrement pertinents pour les acteurs de la formation, les organismes de DPC et les responsables institutionnels.
Déterminer si la réforme du cursus de kinésithérapie de 2015 est associée à une amélioration des compétences en EBP et explorer l’influence respective de la formation initiale et continue.
- Population : 168 masseurs-kinésithérapeutes français diplômés avant (n=89) ou après (n=79) la réforme de 2015.
- Intervention : Exposition au cursus réformé d'étude en masso-kinésithérapie intégrant formellement l’EBP dans les objectifs pédagogiques.
- Comparateur : Diplômés avant réforme.
- Outcomes : • Evaluation auto-reportée par le biais du questionnaire EBP² composé de 73 questions et permettant d'attribuer un score sur 100 à 5 domaines EBP (pertinence, confiance, terminologie, compatibilité et pratique):
o jugement de la pertinence de l'EBP dans sa pratique
o confiance en ses compétences en EBP
o compréhension de la terminologie scientifique
o compatibilité de son environnement professionnel avec l'EBP
o mise en pratique de ses compétences en EBP
• Evaluation objective des compétences en recherche de données probantes à l'aide du questionnaire KREC fournissant un score sur 100. Un score ≥ à 50 indique la réussite du test. - Analyse : La taille d’effet (effect size, ES) est un indicateur qui quantifie l’ampleur d’une différence entre deux groupes en la rapportant à leur variabilité. Par convention, un ES de 0,2 correspond à un petit effet, 0,5 à un effet modéré et 0,8 ou plus à un effet important.
La réforme du cursus est associée à une amélioration significative de la plupart des domaines de l’EBP. L’effet le plus important concerne les compétences en recherche de données probantes (ES = 0,50), suivi de la terminologie scientifique (ES = 0,35). Ce résultat est à nuancer par le faible pourcentage de participant (35%) parvenant à des résultats convenables au test de recherche de données probantes (score ≥ à 50%).
Des gains plus modestes sont observés pour la confiance et la compatibilité (ES = 0,22–0,27). En revanche, la mise en pratique demeure faible et ne s’améliore significativement qu’en présence d’une exposition importante à la formation continue. Ces résultats suggèrent que la réforme constitue un socle nécessaire mais insuffisant pour assurer une intégration durable de l’EBP dans les pratiques professionnelles.
Le tableau 1 présente les principaux effets observés de la réforme du cursus sur les différentes dimensions de la pratique fondée sur les preuves.

Tableau 1. Synthèse des principaux résultats
La réforme de la formation initiale des masseurs-kinésithérapeutes mise en œuvre en 2015 semble avoir atteint une partie de ses objectifs en renforçant les compétences liées à l’EBP. Toutefois, l’écart persistant entre connaissances théoriques et mise en application clinique rappelle que l’apprentissage de l’EBP est un processus continu. Le développement d’environnements cliniques favorables, le mentorat et la formation continue apparaissent comme des leviers essentiels pour transformer durablement les comportements professionnels.
Les organismes de formation peuvent s’appuyer sur ces résultats pour renforcer l’enseignement longitudinal de l’EBP. Les structures cliniques ont également un rôle à jouer en proposant des environnements propices à l’utilisation des données probantes. Enfin, les professionnels doivent envisager l’EBP comme une compétence évolutive nécessitant un apprentissage tout au long de la carrière.