L’entrainement avec Blood Flow Restriction favorise la récupération fonctionnelle des patients après ménisectomie partielle par arthroscopie : un essai clinique randomisé

Jan 24 / Anaïs Dato
La déchirure méniscale est l’une des blessures les plus courantes en pathologie du sport, avec une incidence de 9/10000 pour les hommes et 4,2/10000 pour les femmes. Les ménisques sont des tissus fibrocartilagineux, situés dans l’articulation du genou, qui ont pour rôle d’absorber les contraintes et les oscillations et de maintenir la stabilité de l’articulation. Ils peuvent être lésés suite à des chocs externes puissants, comme par exemple des arrêts brusques ou des retournements rapides.

La méniscectomie partielle sous arthroscopie est l’une des stratégies préférentielles dans le traitement des ruptures méniscales, mais les suites opératoires s’accompagnent souvent de complications telles que la douleur, la limitation de l’amplitude articulaire du genou ou encore l’atrophie des muscles extenseurs. De plus, il a été rapporté que la faiblesse des muscles du genou peut persister jusqu’à 4 ans après l’opération, entrainant un déficit de la fonction du genou et une altération de la qualité de vie. La réhabilitation postopératoire présente de nombreuses difficultés, notamment sur la gestion de l’intensité des exercices ; par exemple, l’entrainement en résistance devrait dépasser 70% de la 1RM dans un objectif de gain de force et de prévention de l’atrophie musculaire, mais cela est difficilement applicable en postopératoire.


Avis du pôle scientifique de Kinesport
Pastille verte
Cet essai clinique randomisé en simple aveugle est un article à faible risque de biais, tous les critères méthodologiques majeurs sont respectés permettant de limiter et contrôler au mieux les biais dans leur étude.
L’entrainement en réduction du flux sanguin (Blood flow restriction ; BFR) pourrait être une stratégie efficace pour pallier à ces carences en réhabilitation. Le BFR a été introduit par le Dr SATO au Japon et consiste en la compression proximale d’un ou de plusieurs membres à l’aide de manchons compressifs afin de réduire l’afflux sanguin artériel et de bloquer le retour veineux. L’entrainement avec BFR a déjà montré son efficacité, par exemple sur l’amélioration du temps de retour au sport (RTS) après opération du ligament croisé antérieur (Jack et al. 2022), ou encore sur l’amélioration du pic de force des ischios-jambiers et du quadriceps sur des atrophies musculaires faisant suite à une arthroscopie (Noyes et al. 2021). De plus, l’entrainement avec BFR associé à un entrainement à basse intensité donnerait des résultats similaires à l’entrainement à haute intensité en termes de force musculaire et d’hypertrophie, et il entrainerait une diminution de la douleur et de l’accumulation liquidienne dans les articulations (Hughes et al. 2019). L’hypertrophie par exercice avec BFR a fait l’objet de nombreuses études et serait dû à l’augmentation de lactates sanguins, de calcium, de myokine dérivé du muscle ainsi qu’à l’augmentation de l’acidité du sang ; tous ces phénomènes sont retrouvés suite à un entrainement à haute intensité.

Cependant, le rôle du BFR dans la récupération fonctionnelle du genou après ménisectomie partielle par arthroscopie reste flou, et il conviendrait de voir si son utilisation peut suffire à pallier l’insuffisance de l’entraînement sur la récupération de force et de fonction dans la rééducation postopératoire de ces blessures. Cette étude part donc de l’hypothèse que l’entrainement avec BFR combiné aux routines habituelles de rééducation améliorerait la force du quadriceps ainsi que la fonction du genou, et serait donc à intégrer aux réhabilitations des ménisectomies partielles opérées.

Méthode

Cette étude est un essai clinique randomisé en simple aveugle (un seul évaluateur) suivant un plan de prise de mesures entre tous les sujets. Les 40 patients inclus ont tous été opérés d’une méniscectomie partielle sous arthroscopie à l’hôpital orthopédique de Sichuan entre le 1 juillet 2021 et le 30 septembre 2021 et ont été aléatoirement répartis en deux groupes :
  • 20 sujets dans le groupe routine de rééducation (rehabilitation routine ; RR)
  • 20 sujets dans le groupe RR + BFR (19 dans chaque groupe à la fin suite à 2 abandons)
En tenant compte du fait que les sujets ainsi que les praticiens n’étaient pas en aveugle, les évaluateurs n’ont pas été informés du groupe auquel appartenaient les participants. Les deux groupes ne présentaient pas de différences significatives de données de base telles que le poids, l’âge, le sexe, la taille, la durée de la blessure, la pression d’occlusion des membres (LOP) et la 1RM.
Les deux groupes ont suivi une rééducation postopératoire à partir de J+2, à raison de 2 fois par semaine pendant 8 semaines. Le programme de réhabilitation était composé de différents exercices :
  • 5 minutes d’échauffement : tractions et marche / course libre sur elliptique
  • Mobilisation active du genou en flexion et extension, 3 x 10 répétitions
  • Squat entre 0 et 90° de flexion, 3 x 10 répétitions avec 30 secondes de repos entre les séries
  • Travail de la marche, 5 minutes
  • Presse en chaîne fermée sur le German GYM80 dans une amplitude de 0 à 90° de flexion de genou ; la charge était réglée à 30% de la 1RM, chaque série a été répétée 30, 15, 15 et 15 fois à tour de rôle soit un total de 4 séries, avec 30 secondes de repos entre chaque
  • Ankle Pump exercice (activation de la pompe vasculaire du mollet) et compresse de glace, 3 x 10 répétitions
Les patients du groupe RR + BFR ont effectué un travail spécifique en plus de la routine précédente. Ils ont été équipés par un système d’occlusion portatif automatique (Delfi Medical, Vancouver, Canada) permettant d’assurer une LOP constante par un contrôle précis de la pression du brassard. Le manchon compressif a été positionné sur la partie proximale de la cuisse des participants et a été réglé à 80% de la LOP pendant qu’ils effectuaient un exercice de presse en chaîne fermée à basse intensité. 30 secondes de repos étaient accordées entre chaque série.

 Prises de mesures 

La force du quadriceps a été analysée par isocinétisme avec le CON-TREX® MJ, et les valeurs sélectionnées étaient le pic de force et la puissance moyenne.

L’épaisseur du quadriceps a été analysée par échographie grâce au SuperSonic® MACH 40, pendant que les patients étaient relâchés et allongés sur le dos. Elle a été définie par la plus grande distance visible entre l’aponévrose musculaire superficielle et profonde. L’épaisseur de chaque muscle (droit fémoral, vaste médial, vaste latéral et vaste intermédiaire) a été relevée, sur 3 clichés différents selon la portion de la cuisse où ils étaient le plus visible.

La circonférence de la cuisse a été relevée au milieu de la cuisse par un thérapeute avec un mètre ruban.
La douleur a été relevée grâce à l’échelle visuelle analogique (EVA), allant de 0 à 10.

La fonction du genou a été analysée grâce au Lysholm knee scoring system qui est un questionnaire comprenant 8 questions et donnant un score de 0 (pire fonction) à 100 (excellente fonction).

Le One-Leg Standing Test (OLST) a été utilisé pour évaluer l’équilibre des participants. Le contrôle postural et le temps maintenu ont été relevés pendant qu’ils se tenaient debout en unipodal, mains sur les hanches, avec l’autre membre inférieur à 90° de flexion de hanche et de genou.

Enfin, l’amplitude en flexion et extension du genou a été mesurée grâce à un rapporteur, après que les patients aient réalisé une flexion puis une extension active maximale.

Il est important de noter que toutes les mesures ont été effectuées avant et après la ménisectomie partielle par le même examinateur afin de limiter les erreurs possibles.

Résultats

 Effet sur la force du quadriceps 

Le pic de force ainsi que la puissance moyenne du quadriceps n’ont pas été significativement améliorés dans le groupe RR, alors qu’ils l’ont été dans le groupe RR + BFR. Ces deux valeurs étaient significativement plus hautes dans le groupe RR + BFR à 4 et 8 semaines postopératoires, ce qui indique que l’entrainement en BFR pourrait améliorer considérablement la force du quadriceps.

 Effet sur l’épaisseur du quadriceps 

Quatre semaines après l’opération, l’épaisseur des 4 faisceaux du quadriceps a été améliorée dans le groupe RR + BFR, et elle a continué à augmenter à 8 semaines, alors qu’elle n’a pas augmenté de manière significative dans le groupe RR, que ce soit à 4 ou 8 semaines. L’épaisseur du droit fémoral, du vaste intermédiaire et du vaste latéral (mais pas celle du vaste médial) était supérieure dans le groupe RR + BFR après le traitement, ce qui suggère que l’utilisation du BFR améliore l’épaisseur du quadriceps après une ménisectomie partielle. 

 Effet sur la circonférence de la cuisse 

Les deux groupes ont présenté une diminution de la circonférence de la cuisse après l’opération, mais à 4 semaines postopératoire le groupe RR avait une circonférence toujours inférieure à celle préopératoire, alors que le groupe RR + BFR avait une circonférence supérieure. Les résultats étaient similaires à 8 semaines ; le groupe RR + BFR avait une amélioration plus importante que le groupe RR et la circonférence de cuisse était largement supérieure dans le groupe ayant utilisé le BFR

 Effet sur la douleur du genou 

Le douleur, évaluée pas l’EVA, a significativement diminué à 4 et 8 semaines postopératoires dans les deux groupes. En revanche, une analyse plus poussée a permis de montrer une diminution plus importante de la douleur dans le groupe RR + BFR, suggérant l’intérêt du BFR en réhabilitation dans la gestion de la douleur.

 Effet sur la fonction du genou 

Le score Lysholm n’était pas différent dans les deux groupes avant l’opération, et il a été significativement amélioré à 4 et 8 semaines postopératoires. En revanche, l’amélioration de ce score a été plus importante dans le groupe RR + BFR, appuyant une nouvelle fois l’intérêt de l’utilisation du BFR dans la rééducation après méniscectomie partielle sous arthroscopie.

 Effet sur l’équilibre 

Le score OLST a été amélioré à 4 et 8 semaines postopératoires dans les deux groupes. En revanche, cette amélioration était significativement plus élevée dans le groupe RR + BFR comparé au groupe RR. Le BFR jouerait donc un rôle dans l’amélioration de l’équilibre des participants.

 Effet sur l’amplitude articulaire