Quelles sont les caractéristiques du sommeil des athlètes féminines ? Une revue systématique avec méta-analyse

Oct 28 / Quentin Duffoire
Le sommeil est une condition essentielle de la santé humaine et fait partie intégrante de la préparation et de la récupération après un entraînement ou une compétition sportive. D’importants processus biologiques se déroulent pendant le sommeil, notamment la restauration des systèmes immunitaires et endocriniens. Cependant, les athlètes d’élite peuvent avoir des habitudes de sommeil sous-optimal (pendant les périodes passées à la maison dans des conditions de vie normales, sans exigences situationnelles) et rencontrer régulièrement des défis situationnels tels que des horaires de compétition et des exigences de voyage qui peuvent entraîner des perturbations supplémentaires du sommeil.

Dans la population générale, les mesures de polysomnographie (PSG) suggèrent que les femmes ont un temps de sommeil total (TST) plus long, des latences d’endormissement (SOL) plus courtes et une meilleure efficacité du sommeil (SE) que les hommes. Pourtant, les femmes rapportent subjectivement un sommeil moins bon que les hommes, notamment une SOL plus longue et davantage de réveils nocturnes. Étant donné que certains aspects du sommeil objectif semblent supérieurs chez les femmes, d’autres facteurs peuvent influencer leurs évaluations subjectives, comme par exemple le décalage entre les cycles circadiens du sommeil et le comportement veille-sommeil, ou encore la prévalence plus élevée de la dépression et de l’anxiété chez la femme.
Avis pôle scientifique
Pastille verte
Cette revue systématique et méta-analyse est un article à faible risque de biais, tous les critères méthodologiques majeurs sont respectés permettant de limiter au mieux les biais dans leur étude.
Avec la croissance récente du sport féminin, les praticiens doivent être en mesure de fournir un soutien approprié et spécifique aux athlètes féminines pour s’assurer que leur sommeil, et donc leur santé ainsi que leurs performances sportives, soit optimisé. Malgré les différences de sommeil basées sur le sexe biologique et l’impact potentiel de la perte de sommeil chez les femmes, il n’y a pas eu jusqu’à présent d’évaluation systématique de la littérature actuelle sur le sommeil des athlètes féminines. Par conséquent, le but de cette revue systématique est d’examiner les habitudes, la durée et la qualité du sommeil chez les athlètes féminines d’élite et de considérer l’impact des défis situationnels et leurs effets sur leur sommeil.

Méthodologie

Cette étude systématique avec méta-analyse a été réalisée conformément aux directives PRISMA (Preferred Reporting Items for Systematic Reviews and Meta-Analyses).

 Stratégie de recherche 

Recherche systématique dans 3 bases de données (SPORTDiscus, MEDLINE et Scopus), portant sur des articles rédigés exclusivement en anglais, depuis le début jusqu’à Mai 2021. L’équation de recherche a été formulée avec les termes suivants :
  • Pour le sommeil (combinés avec « OR ») : sommeil, troubles du sommeil, qualité du sommeil, insomnie 
  • Pour la population sportive (combinés avec « OR ») : athlète, sportive 
  • Pour le sexe (combiné avec « OR ») : femme, femmes, féminin
Ces groupes de mots clés ont été associés entre eux avec l’opérateur booléen « AND ».

 Critères d’éligibilité et processus de sélection 

Après avoir exclu les articles dupliqués ou jugés non pertinents, les études devaient répondre aux critères d’inclusion suivants : 
  • Études publiées en tant que recherches originales dans une revue évaluée par des pairs sous forme d’articles complets
  • Données explicitement rapportées pour les athlètes féminines
  • Athlètes féminines âgées de 18 ans
  • Athlètes féminines de niveau élite (défini comme niveau olympique, international, professionnel, national ou collégial de division 1)
  • Études qui rapportent des données quantitatives sur les résultats du sommeil
  • Études qui ne rapportent pas de données sur les résultats du sommeil après commotion cérébrale
La qualité des études a été évaluée grâce à l’échelle de Newcastle-Ottawa (NOS) adaptée aux études transversales. 

Résultats

Sur la base d’une analyse quantitative des preuves actuelles, les athlètes féminines atteignent une quantité et une qualité de sommeil objectives satisfaisantes pendant les périodes habituelles.
Cependant, il existe une variabilité particulièrement élevée des résultats objectifs du sommeil entre les études ainsi qu’une prévalence élevée de plaintes subjectives liées au sommeil. Ces résultats démontrent la nature individuelle du sommeil habituel et renforcent la nécessité de mettre en place des interventions adaptables et individualisées de type « boite à outils ».
L’étude souligne aussi que les athlètes féminines connaissent des troubles du sommeil après l’entraînement, avant et après les compétitions, une diminution de la durée de sommeil ainsi qu’une modification des schémas veille-sommeil.
Enfin, que ce soit lors du sommeil habituel ou lors de défis situationnels, les plaintes subjectives sont nombreuses avec des difficultés au sommeil (endormissement et réveils nocturnes notamment)
Sommeil habituel
  • Évaluation objective : qualité est quantité de sommeil satisfaisante
  • Évaluation subjective : difficultés au sommeil (endormissement et réveils nocturnes)
Défis situationnels (Compétition, entraînement)
  • Avant
  •       Évaluation subjective : plaintes courantes
  •       Évaluation objective : amélioration de la qualité de sommeil avant entraînement, mais apparitions de troubles du sommeil avant une compétition
  • Après
  •       Perturbation et modification du rythme veille-sommeil (surtout si compétition en soirée)
  •       Diminution de la durée de sommeil

Conclusion

Cette revue de littérature et méta-analyse avait pour but d’évaluer (objectivement et subjectivement) la qualité et la quantité de sommeil chez les athlètes féminines.
D’après les données actuelles et évaluées ici, les athlètes féminines obtiennent une quantité et une qualité de sommeil objectives satisfaisantes en dehors des périodes d’entraînements et/ou de compétitions. En comparaison, la prévalence des plaintes subjectives est plus élevée. Aussi, lors de défis situationnels, elles rencontrent des troubles du sommeil post-entraînement, pré et post compétition ainsi qu’une altération du rythme veille-sommeil.