Prévalence, biomécanique et pathologies des ligaments ménisco-fémoraux : Une revue systématique

Feb 18 / Victor OSWALD
Une compréhension précise et détaillée de l'anatomie du genou, y compris de ses variantes, est nécessaire pour diagnostiquer et traiter ses nombreuses pathologies. Beaucoup de progrès ont été réalisés pour préciser la fonction du réseau complexe de ligaments, tendons et ménisques qui travaillent ensemble pour stabiliser l'articulation. Bien que l'on connaisse les effets de la contribution de chacune de ces structures à la biomécanique du genou, notre compréhension est encore en évolution.
Dans ce réseau complexe, plusieurs ligaments relient le fémur et les ménisques :

  • Le ménisque médial est principalement relié au fémur par le ligament collatéral médial profond.
  • Le ménisque latéral est relié au fémur par deux ligaments d'incidence variable, les ligaments ménisco-fémoraux (MFLs), qui sont nommés par rapport au ligament croisé postérieur (LCP).
     
    Le ligament ménisco-fémoral antérieur (aMFL), également appelé ligament de Humphrey, dont environ 80 % s'attachent de manière distale au faisceau postéro-médial du LCP (Fig. 1 et 2).
     Le ligament ménisco-fémoral postérieur (pMFL), également appelé ligament de Wrisberg, prend naissance directement en proximal de la crête intercondylienne médiale, en proximal du faisceau postéro-médial du LCP.
Beaucoup d’études ont détaillé la position et l'incidence des MFLs. Cependant, peu ont proposé des théories concernant leur fonction.

L'objectif de cette étude, ici synthétisée et traduite, était de faire une revue systématique de la littérature pour examiner les connaissances actuelles sur les MFLs, leur fonction, leur importance dans la gestion clinique et les variantes anatomiques connues.

METHODES

Cette revue systématique a été menée selon les directives PRISMA. Deux examinateurs indépendants ont effectué la recherche documentaire initiale en décembre 2020 dans les bases de données PubMed, EMBASE et Cochrane Central Register of Controlled Trials.

Les études ont été incluses dans la revue systématique si :

  • Elles rapportaient une évaluation biomécanique, radiographique ou arthroscopique des ligaments ménisco-fémoraux humains
  • Elles décrivaient une variante anatomique
Aucune restriction quant au niveau de preuve n'a été imposée. Les articles techniques, les articles de synthèse, les lettres à l'éditeur, les études sur les animaux ou les études non publiées en langue anglaise ont été exclus. Les rapports de cas de variantes anatomiques uniques ont été inclus.

RESULTATS

Après examen du texte intégral de 95 études, 47 études ont été incluses dans cette revue. Sur ces 47 études, 26 ont été retenues pour un examen quantitatif. Toutes les études décrivant des variantes anatomiques ont été résumées.

Prévalance

Plusieurs modalités ont été utilisées pour évaluer la prévalence des MFLs : la dissection cadavérique (15 études), l'arthroscopie (3 études) et l’IRM (9 études).

 La plupart des données de prévalence provient des études cadavériques mais présente une large plage de valeurs :
      Présence du aMFL ou du pMFL dans 16.7 à 100% des cas
           aMFL dans 10 à 40% des cas
           pMFL dans 24 à 86% des cas
      Présence des 2 ligaments dans 1 à 64.3% des cas

 Pour les études arthroscopiques :
      Présence du aMFL ou du pMFL dans plus de 94% des cas
           aMFL dans 88.2% des cas
           pMFL dans 14.7% des cas
      Présence des 2 ligaments dans 8.8% des cas

 Pour les études par IRM :
      Présence du aMFL ou du pMFL dans 21.1 à 100% des cas
           aMFL dans 2.9 à 32.5% des cas
           pMFL dans 11.9 à 78.3% des cas
      Présence des 2 ligaments dans 1.2 à 47.4% des cas
  1. Dans l'ensemble, la moyenne cumulative de la présence du aMFL et/ou du pMFL était de 70,8 %
  2. Présence des deux ligaments chez environ 17,6 % des individus

Longueur, épaisseur et surface de la section transversale de l'aMFL et du pMFL

Longueur moyenne chez les hommes et les femmes

  • aMFL : entre 21,6 et 28,3 mm
  • pMFL : entre 23,4 et 31,2 mm

La longueur de l'aMFL et du pMFL a été rapportée comme étant plus longue chez les hommes que chez les femmes, bien que cela ne soit pas toujours statistiquement significatif.

Epaisseur moyenne chez les hommes et les femmes

  • aMFL : entre 1,9 ± 0,6 et 25,7 ± 2,0 mm
  • pMFL : entre 1,8 ± 0,7 et 31,6 ± 4,9 mm

Aire de la section transversale 

  • aMFL : entre 2,2 ± 1,7 et 14,7 ± 14,8 mm2
  • pMFL : entre 3,3 ± 2,6 et 20,9 ± 11,6 mm2

Pathologie clinique 

Ligaments ménisco-fémoraux et pseudo-déchirures du ménisque latéral

Gupte et al. et Poyton et al. ont démontré une interaction entre les aMFL et pMFL et la corne postérieure du ménisque latéral pendant la flexion et l'extension du genou, ce qui a conduit à penser que ces ligaments pouvaient jouer un rôle dans la pathologie méniscale. Malgré cette relation, Abreu et al. n'ont trouvé aucune association entre la présence d'un ou des deux MFLs et la survenue de déchirures méniscales médiales ou latérales.
Compte tenu de leur intimité avec les ménisques, les MFLs ont été faussement considérés comme des déchirures de la corne postérieure du ménisque latéral, ou "pseudo-déchirures" à l'IRM avec une incidence allant jusqu'à 63%.

Ménisque discoïde et ancrage du pMFL

Chez les patients présentant des ménisques discoïdes complets, il a été noté que le pMFL a une épaisseur plus importante et présente un ancrage de chevauchement plus important par rapport aux ménisques non discoïdes. De plus, un ancrage de chevauchement plus réduit a été associé à une incidence réduite des déchirures du ménisque latéral.

Variantes anatomiques des ligaments menisco-fémoraux 

Ligament menisco-fémoral antéro-médial (amMFL)

Un certain nombre d’études ont signalé la présence de l'amMFL, structure rare issue du ligament radiculaire de la corne antérieure du ménisque médial, s'étendant en avant du ligament croisé antérieur et s'attachant à la paroi postérolatérale de la fosse intercondylienne fémorale. Il pourrait y avoir une relation entre l'amMFL et les lésions du ménisque médial, en raison d'un mouvement anormal et d'une taille plus importante par rapport aux genoux sans amMF.

Ligament menisco-fémoral antéro-latéral (alMFL)

Le ligament ménisco-fémoral antéro-latéral a été décrit par Kim et al. et Silva et al. comme une anomalie extrêmement rare de la corne antérieure du ménisque latéral qui a fusionné avec un ligament ménisco-fémoral antéro-médial dans certains cas et peut être associé à une agénésie du ligament croisé antérieur.

DISCUSSION

Les MFLs contribuent à la biomécanique complexe du genou en assurant la stabilité de manière synergique. Ils peuvent jouer un rôle en permettant au ménisque latéral d'augmenter la congruence fémoro-tibiale et de réduire la pression de contact méniscale en flexion et en extension. Ainsi, l'objectif des auteurs est que cette revue continue à faire progresser la compréhension des MFLs, leur fonction et leur importance dans la gestion clinique.
De multiples mécanismes ont été proposés concernant la fonction précise des MFLs. Gupte et al. et Poyton et al. ont noté une interaction entre ces ligaments et le ménisque latéral qui pourrait jouer un rôle dans la pathologie méniscale. Il convient également de noter que la résection des MFLs a déjà montré une augmentation de la pression de contact fémoro-tibiale. Cependant, comme indiqué dans cette revue, les MFLs ont déjà été diagnostiqués à tort comme des déchirures du ménisque latéral et ils doivent donc être gardés à l'esprit lors de l'examen de cette pathologie.
Le ménisque médial a longtemps été considéré comme fixe, ne répondant qu'à la force directe appliquée par le condyle fémoral médial et à la modeste traction du ligament collatéral médial profond. Dans cette revue, Kim et al. ont noté que la présence d'un amMFL peut être associée à une lésion méniscale médiale, secondaire à un mouvement anormal. Ce ligament peut s'ancrer à la corne antérieure du ménisque médial et modifier son mouvement en flexion et en extension.

Les MFLs soutiennent également le ligament croisé postérieur en limitant la laxité antéropostérieure, à la fois de façon mécanique et proprioceptive. Les MFLs offrent des capacités de résistance similaires au faisceau de fibres postérieur du LCP. Par conséquent, une lésion isolée du LCP avec préservation des MFLs peut être associée à un tiroir postérieur réduit par rapport à une lésion combinée du LCP et des MFLs. D’un point de vue proprioceptif, les structures neurales contenues dans les MFLs, trouvées dans des études sur des cadavres humains et des animaux, suggèrent que les MFLs participent à une boucle de rétroaction avec les muscles périarticulaires pour limiter la traction postérieure. Dans le contexte d'une lésion du LCP et du ménisque, une évaluation spécifique des MFLs par arthroscopie ou IRM peut être utilisée comme indicateur de la fonction résiduelle, car des MFLs intacts peuvent justifier une gestion plus conservatrice. Malgré ces résultats, d'autres études sont nécessaires pour évaluer les différences entre des patients avec des MFLs intacts ou lésés.

La connexion entre les MFLs, le ménisque latéral et le LCP a plusieurs implications pour la gestion chirurgicale. En cas de déchirure du ménisque latéral avec rupture des MFLs, l'augmentation de la pression de contact fémoro-tibiale qui en résulte nécessite une répa