Faut-il marcher de façon ridicule pour être en meilleure santé ?

Apr 1 / Pôle scientifique -⏱️ 3 MIN -



En un coup d'oeil

  • Malgré de nombreuses campagnes de santé publique, l’activité physique reste insuffisante dans la population. 
  • Certaines formes de marche très inefficaces pourraient paradoxalement augmenter la dépense énergétique. 
  • L’étude montre que la marche « Teabag » (Ministry of Silly Walks) augmente la dépense énergétique d’environ 2,5 fois. 
  • Environ 11 minutes par jour de marche « ridicule » pourraient suffire à atteindre les recommandations d’activité vigoureuse. 
  • Conclusion implicite : les déplacements absurdes pourraient devenir un outil sérieux… ou presque. 

Pourquoi cet article est intéressant ?

Avis du pôle scientifique : Pastille à la menthe. La bonne méthodologie de cette étude expérimentale humoristique permet d'aborder de manière rafraîchissante et rigoureuse un problème qui n'est pas si absurde ! Cette étude illustre comment de petites variations du mouvement peuvent modifier de manière importante la dépense énergétique. Au-delà de la plaisanterie, il rappelle que l’intensité du mouvement – et pas seulement sa durée – joue un rôle central dans les bénéfices liés à l’activité physique.

Objectif de l'étude

Comparer la dépense énergétique d’une marche habituelle avec celle de formes volontairement inefficaces de marche inspirées du célèbre sketch « Ministry of Silly Walks » de Monty Python. 

Méthodologie

  • Population : 13 adultes en bonne santé sans trouble de la marche.
  • Intervention : Marche inefficace de type « Teabag » ou « Putey » (inspirée du sketch Monty Python).
  • Comparateur : Marche habituelle à vitesse libre. 
  • Outcomes : Consommation d’oxygène (VO₂) et dépense énergétique.
  • Type d'étude : Étude expérimentale en laboratoire proposant trois essais de marche de 5 minutes sur un parcours intérieur de 30 m.                                                                              

Résultats et discussion

La marche « Teabag » a entraîné une augmentation d’environ 2,5 fois de la consommation d’oxygène (27,9 ± 4,8 vs 11,3 ± 1,9 mL O₂/kg/min ; p < 0,001) et de la dépense énergétique comparativement à la marche habituelle. La marche « Putey » a montré une augmentation plus modérée. 

Les auteurs estiment qu’environ 11 minutes quotidiennes de marche « Teabag » pourraient suffire à atteindre les recommandations hebdomadaires d’activité physique vigoureuse. 

Ces résultats suggèrent que l’inefficacité biomécanique – souvent évitée en rééducation – peut paradoxalement augmenter la charge métabolique, au prix toutefois d’une esthétique locomotrice discutable. 

Tableau 1. Comparaison de la dépense énergétique selon le style de marche. 

Conclusion

Cette étude expérimentale démontre que certaines formes de marche volontairement inefficaces augmentent significativement la dépense énergétique par rapport à la marche habituelle. La marche inspirée du personnage « Mr Teabag » du sketch Monty Python Ministry of Silly Walks multiplie par environ 2,5 la consommation d’oxygène. 


Bien que l’objectif principal de l’article soit humoristique, les résultats soulignent un principe physiologique réel : la dépense énergétique augmente lorsque l’efficacité mécanique du mouvement diminue. Ainsi, même si l’adoption généralisée de ces stratégies locomotrices reste peu probable dans l’espace public, elles constituent une illustration originale de la relation entre biomécanique et métabolisme. 

Implications pratiques

Bien que l’intégration de la « marche ridicule » dans les recommandations cliniques reste hautement improbable, cet article rappelle que l’intensité du mouvement peut être augmentée par des modifications du schéma locomoteur. Les cliniciens peuvent s’en inspirer pour illustrer l’importance de la dépense énergétique dans l’activité physique… tout en gardant un sens critique et, idéalement, un certain sens de l’humour. 

L'ARTICLE

Gaesser, G. A., Poole, D. C., & Angadi, S. S. (2022). Quantifying the benefits of inefficient walking: Monty Python inspired laboratory-based experimental study. BMJ, 379, e072833. https://doi.org/10.1136/bmj-2022-072833