Aspects biomécaniques des schémas statiques et dynamiques des pieds des coureurs atteints de fasciite plantaire et leur relation avec les chaussures de sport.

May 4 / Benjamin FRAISSE
La fasciite plantaire qui est la troisième blessure musculo-squelettique la plus fréquente chez les coureurs à pied, atteignant environ 10% d'entre eux. Elle se caractérise par un trouble musculo-squelettique d'origine inflammatoire et dégénératif de l'aponévrose plantaire. Le symptôme clinique le plus courant est la douleur dans la région inférieure et médiale du calcanéum, le plus souvent près de son insertion dans la tubérosité médiale du calcanéum.
Il existe plusieurs facteurs intrinsèques et extrinsèques liés à la maladie. Parmi eux, l'obésité, la diminution de la dorsiflexion de la cheville, le type d'arc longitudinal plantaire médial, la pronation de l'arrière-pied et l'augmentation de la charge plantaire se distinguent. Cependant, ces facteurs restent encore controversés, notamment en ce qui concerne leur implication plus ou moins importante dans l'étiologie de cette lésion.

Influence de la surcharge plantaire

En général, le raisonnement théorique et scientifique le plus accepté est que la surcharge plantaire, résultant d'éventuels déséquilibres biomécaniques dans la structure des pieds, entraînerait une plus grande pression et des taux de force accrus sur le fascia plantaire, induisant des microtraumatismes et une inflammation caractérisant la phase aiguë de la blessure. Cette possible augmentation des taux de charge plantaire chez les coureurs atteints de fasciite plantaire pourrait être directement liée aux modifications de la voûte plantaire, qui reste haute, et à l'alignement de l'arrière-pied qui maintient une plus grande pronation du pied. Il est à noter cependant que la majorité des études qui ont porté sur la surcharge du calcanéum concernaient la marche. Ribeiro et Hong soulignent l'importance d'étudier la distribution de la charge plantaire pendant la course dans un environnement d'entraînement et de compétition, car la course sur un tapis roulant peut influencer le schéma d'appui du pied des coureurs affectés par la pathologie : en effet, la course sur tapis semble réduire la charge plantaire.

Influence des muscles intrinsèques du pied

Plusieurs auteurs suggèrent qu'un soutien actif insuffisant de l'arche longitudinale médiale du pied pourrait contribuer à des blessures telles que la fasciite plantaire ou la pérostite, en réduisant la capacité à contrôler la pronation du pied. En effet, il semblerait que le dysfonctionnement des muscles intrinsèques plantaires du pied entraîne une augmentation de la pronation du pied en position statique, lors de la marche ou de la course. Cela peut se traduire par un pied moins rigide, car le médio-pied reste "déverrouillé" et génère donc moins de couple de force, ce qui entraîne une transmission de force inefficace par le levier du pied et une adaptation insuffisante de la rigidité du pied dans le plan transversal. En outre, en cas de pronation excessive, l'angle de traction du tendon d'Achille et des fléchisseurs plantaires n'est pas idéal. Selon Fourchet et Gojanovic, il faut pratiquer des exercices de « short foot ». Des séances de renforcement par stimulation électrique neuromusculaire de ces muscles semblent également être une stratégie prometteuse. 

Impact des semelles

L'objectif de la plupart des stratégies de traitement de la fasciite plantaire décrites dans la littérature est de réduire les symptômes douloureux et les surcharges imposées au calcanéum. Dans ce sens, Landorf et al, ont évalué 135 individus atteints de fasciite plantaire, non sportifs, dans le cadre d'un suivi longitudinal de traitement avec des semelles. L'objectif était d'évaluer l'efficacité de trois types de semelles sur la surface plantaire, après trois, six et douze mois de traitement. Les auteurs ont conclu qu'à long terme, aucune des semelles ne permettait de réduire la symptomatologie et d'améliorer la fonction du pied.
Une autre étude portant sur les chaussures conventionnelles chez des triathlètes souffrant de fasciite plantaire a révélé que nombre d'entre elles présentaient des défauts de fabrication qui ont peut-être contribué au développement de la fasciite plantaire.
Enfin, une troisième étude a voulu vérifier l'effet des chaussures traditionnelles par rapport aux chaussures à semelle intermédiaire ultra-flexible (Nike 5.0) pour le traitement de la fasciite plantaire chronique associée à divers exercices pendant 12 semaines, et avec un suivi de 6 mois après l'intervention. La conclusion de cette étude a révélé que les chaussures avec une semelle intermédiaire ultra-flexible (Nike 5.0) ont favorisé une réduction de la douleur plus tôt que les chaussures traditionnelles.

Conclusion

Il semblerait intéressant d’associer seulement le traitement de la fasciite plantaire aiguë aux semelles traditionnelles, tandis que la phase chronique serait associée aux chaussures à semelle intermédiaire ultra-flexible (type Nike 5.0) pour la réduction de la douleur au talon et l'amélioration de la biomécanique du pied chez les coureurs atteints de fasciite plant