Les blessures aux adducteurs chez des footballeurs affiliés à l’UEFA. Une analyse de cohorte sur le taux de blessures, le RTP et la performance-joueur de 2000 à 2015

May 3 / Nicolas Campet
Les blessures aux adducteurs sont spécifiquement les blessures de la sphère hanche/aine les plus communément rencontrées dans le football professionnel avec une incidence estimée à 0,6/1000 heures d’exposition. Elles comptent pour 63% des blessures dans cette région et plus de 23% de toutes les blessures musculaires dans ce sport. A ce jour, les mécanismes lésionnels les plus retrouvés pour ces blessures musculaires sont les mouvements répétitifs de frappe de balle, les changements de direction vers l’intérieur, les mouvements de stretching et les sprints. Les facteurs de risque pour ces blessures sont les antécédents de blessure à l’aine, une diminution de force des adducteurs ainsi que des abducteurs de hanche.
Ces atteintes sont responsables d’un total important de temps perdu en termes d’entrainements ou de matchs et peuvent affecter la performance du joueur et la longévité de sa carrière. Bien que la littérature ne manque pas en termes d’épidémiologie et d’études concernant les mouvements à risque, il existe peu de données concernant l’impact potentiel sur la performance et la carrière du joueur blessé après RTP.
Il a donc été conduit une étude cas contrôle chez les joueurs de football professionnels en Europe dans l’objectif de :
  • Déterminer le taux et le temps de RTP après blessure musculaire aux adducteurs
  • Investiguer le taux de récidive après RTP
  • Comparer l’effet que peut avoir une blessure musculaire aux adducteurs sur la performance du joueur jusqu’à 4 saisons après blessure.
L’hypothèse avancée étant que la majorité des joueurs subissant une blessure aux adducteurs retournera au jeu, une minorité subira une récidive et que les joueurs blessés retourneront à leur niveau de performance antérieure après RTP.
Avis du pôle scientifique de Kinesport :
Pastille verte
Cette étude cas-témoins est un article à faible risque de biais, tous les critères méthodologiques majeurs sont respectés permettant de limiter et contrôler au mieux les biais dans leur étude. Il faut tout de même garder à l’esprit que cette étude étant rétrospective, elle se base sur des données collectées dans les médias pour mesurer ses variables d’intérêts (taux de blessures, délai RTP, et performance).

Méthode

 Identification du joueur

Cette étude est une revue rétrospective de joueurs de football masculins jouant dans un des cinq championnats majeurs affiliés à l’UEFA (Premier League, Bundesliga, Série A, Liga et Ligue 1) entre les saisons 1999/2000 et 2015/2016. Les joueurs ayant subi une blessure musculaire aux adducteurs ainsi que les participants contrôle ont été identifiés en utilisant des données publiques. Les performances des joueurs ont été recueillies via le site www.transfermarkt.com, une des plateformes médiatiques sportives les plus visitée et complète sur le marché et dont le but est de mettre à jour les scores, transferts et valeurs des joueurs.

 Critère d’inclusion

Que ce soit pour les joueurs blessés ou pour le groupe contrôle, ces critères d’inclusion étaient :
  • Le joueur a été présent dans le groupe professionnel pendant au moins 1 saison
  • L’équipe devait appartenir à un des 5 grands championnats européens
  • Le joueur devait avoir joué au moins 1 match avant la blessure
  • Le follow-up du joueur était au minimum d’une année après la blessure initiale.
Les joueurs étaient exclus de l’analyse s’ils n’avaient pas joué pour l’équipe pendant une saison, ou si l’équipe ne faisait pas partie des 5 ligues majeures du football européen.
Les joueurs étaient inclus dans la cohorte des blessés s’il était rapporté une « lésion des adducteurs », une « chirurgie de l’aine » ou une « avulsion des adducteurs ».

 Collection des données

Les données démographiques individuelles recueillies étaient 

  • L’âge
  • La taille
  • Le poste occupé
  • Nombre de saisons jouées avant la blessure

Les données concernant la blessure et le RTP étaient 

  • Date de la blessure
  • Jours manqués
  • Matchs manqués
  • Date du RTP
  • Nouvelle blessure musculaire aux adducteurs apparue dans les 4 ans après la blessure initiale

Les performances métriques collectées sur la saison étaient 

  • Total de matchs joués
  • Minutes jouées
  • Buts marqués
  • Passes décisives
  • Clean sheets
  • Buts concédés
  • Moyenne de minutes jouées par match

 Sévérité de la blessure

Les jours manqués jusqu’au RTP étant associés au grade de blessure pour les lésions des adducteurs, ils ont servi de référence pour classer la sévérité de la blessure. Ainsi, les atteintes étaient 
  • Minimes (0 à 3j d’absence)
  • Mineures (4 à 7j d’absence)
  • Modérées (8 à 28j d’absence)
  • Sévères (supérieur à 28j d’absence)

 Cas-contrôle

Une analyse de cohorte jumelée a été réalisée pour analyser le lien entre les lésions aux adducteurs et les modifications des performances-joueurs. Les joueurs étaient appariés par : poste occupé, taille, âge, saison, nombre de saisons jouées avant blessure, nombre total de matchs joués, temps total joué, buts marqués et passes décisives enregistrées durant la saison antérieure à la blessure.

La nature élitiste d’un classement parmi les 5 championnats majeurs européens uniquement a conduit à une cohorte limitée de joueurs inclus dans l’étude. Concernant les caractéristiques des joueurs, l’utilisation d’un algorithme optimisé a permis d’identifier les deux joueurs contrôles les plus semblables au joueur ayant subi une lésion des adducteurs afin d’effectuer les comparaisons.

 Analyse statistique

Les performances métriques de chaque joueur au cours des 4 saisons jouées après la blessure ont été comparées aux performances réalisées lors de la saison jouée avant le point de temps indicatif. A cause de la nature dynamique de la participation du joueur au cours de la période de suivi, les joueurs ont été inclus dans toutes les saisons du follow up au cours desquelles ils ont enregistré des données métriques. A l’inverse ils ont été exclus des points de temps au cours desquels ils n’ont enregistré aucune donnée métrique.