Appel à une collaboration statistique accrue dans le domaine des sciences du sport, de la médecine du sport et de l'exercice physique et de la physiothérapie sportive

Nov 16 / Kinesport
Les erreurs statistiques sont courantes dans de nombreux domaines biomédicaux. Sainani et al. dans leur publication de 2020, pensent  que la nature et l'impact de ces erreurs sont suffisamment importants dans les sciences et la médecine du sport pour justifier une attention particulière. De mauvaises pratiques méthodologiques et statistiques ont conduit à des appels au changement dans d'autres domaines, tels que la psychologie. ils pensent qu'un appel à l'action similaire est nécessaire dans le domaine de la science et de la médecine du sport. Plus précisément, ils  voient deux besoins pressants :

1. Accroître la collaboration entre les chercheurs et les statisticiens.
2. Renforcer la formation statistique dans la discipline des sciences de l'exercice, de la médecine et de la physiothérapie (PT).

Bien que certaines études universitaires en sciences et médecine du sport emploient des statisticiens, de telles collaborations sont une exception plutôt que la norme. Pour déterminer l'étendue de la collaboration, les auteurs ont effectué un examen systématique des articles publiés dans les revues de sciences du sport du premier quartile en 2019. L'extraction initiale a porté sur 8970 articles ; sur les 400 articles sélectionnés au hasard, 299 ont été jugés éligibles et inclus dans la revue (figure 1). Ils ont constaté que seulement 13,3 % (IC 95 % : 9,5 % à 17,2 %) des articles avaient au moins un coauteur affilié à un département de biostatistique, de statistique, de science des données, d'analyse des données, d'épidémiologie, de mathématiques, d'informatique ou d'économie (figure 2). Il convient de noter qu'ils ont inclus un large éventail de départements méthodologiques, car ils reconnaissent que les personnes issues de ces domaines peuvent posséder une expertise statistique considérable. Lorsqu'il est utilisé ici le terme « statisticien », sont inclues largement des personnes issues d'autres disciplines axées sur les méthodes si elles ont une formation et une expérience statistiques étendues.
La pénurie de statisticiens travaillant dans ce domaine signifie que les chercheurs en sciences du sport et en médecine du sport conçoivent souvent des études et effectuent des analyses par eux-mêmes. Certains de ces chercheurs ne suivent pas une formation approfondie en statistique et sont bien équipés pour s'acquitter de ces tâches. Cependant, comme pour d'autres disciplines appliquées, les chercheurs en sciences et médecine du sport manquent souvent de formation adéquate en matière de conception d'études et de statistiques, ce qui peut entraîner des erreurs. 

Les auteurs sont également préoccupés par un phénomène qui touche les sciences et la médecine du sport. Les scientifiques dans ces domaines développent des méthodes statistiques et les introduisent dans la littérature sans que la communauté des statistiques ne les soumette à un examen adéquat par les pairs. Beaucoup de ces méthodes sont statistiquement et mathématiquement défectueuses. Bien que les progrès en statistiques proviennent parfois de disciplines appliquées (par exemple, les travaux sur les mesures effectuées dans l'éducation et la psychologie), ces nouvelles méthodes statistiques ont été présentées, critiquées et évaluées dans la littérature statistique avant d'être introduites et utilisées dans un contexte appliqué.
Dans ce commentaire, traduit par Xavier Laurent, les auteurs présentent deux séries d'études de cas qui illustrent l'importance d'une collaboration efficace entre les chercheurs en sciences et médecine du sport et les statisticiens. Ils examinent les obstacles qui ont empêché la collaboration et  recommandent les prochaines étapes à suivre.

ÉTUDES DE CAS : ERREURS STATISTIQUES ÉVITABLES 

Des erreurs statistiques peuvent se produire lors de la conception de l'étude, de l'analyse des données ou de la rédaction du rapport. Les études de cas décrites ci-dessous ne fournissent pas une liste exhaustive des erreurs possibles. Il est mis plutôt en évidence plusieurs cas où une erreur aurait pu être évitée grâce à une meilleure connaissance statistique ou à une meilleure collaboration avec les statisticiens. D'autres références fournissent d'autres exemples d'erreurs statistiques courantes dans les sciences et la médecine du sport.

Erreurs dans la conception des études - physiologie de l'exercice

Une étude portant sur 14 hommes actifs visait à établir la fiabilité d'un test de biomarqueurs utilisé pour mesurer l'intégrité gastro-intestinale (GI) dans des conditions de stress thermique. Les participants ont effectué deux tests intermittents de stress thermique à l'effort, et l'intégrité GI a été mesurée à l'aide de plusieurs tests de biomarqueurs, dont la protéine intestinale de liaison aux acides gras (I- FABP). Les auteurs ont indiqué que le test I- FABP au repos « présentait une fiabilité absolue, relative et acceptable, de modérée à forte, entre les répétitions ». Toutefois, cette conclusion était basée sur la découverte d'une corrélation significative entre les mesures répétées, avec un coefficient de corrélation de Pearson de 0,75 (p<0,01).

Ce cas illustre deux problèmes :

1. Un coefficient de corrélation intraclasse (ICC) est une mesure de fiabilité plus appropriée
2. Lorsque nous avons extrait les données de la figure 3 de ce document pour estimer approximativement l'ICC, nous avons trouvé une valeur et un IC à 95% de 0,72 (0,32 à 0,89).

Cette estimation est trop imprécise pour tirer des conclusions utiles ; la fiabilité peut être plausible et aller d'insuffisante à excellente. Dans ce cas, les auteurs n'ont pas réussi à effectuer un calcul a priori de la taille de l'échantillon, ce qui a conduit à une étude trop petite pour répondre de manière adéquate à la question qui nous intéresse.

Erreurs dans l'analyse des données - nutrition et endocrinologie dans l'exercice

Une étude sur les niveaux de vitamine D et le statut menstruel de 77 femmes en âge de fréquenter l'université a conclu que « les femmes qui n'atteignaient pas le niveau recommandé de 30 ng/mL de 25(OH)D avaient presque cinq fois plu