Blessures récurrentes et subséquentes dans le sport professionnel et d'élite : un examen systématique

Feb 12 / Arnaud BRUCHARD
Le nombre grandissant de publications nous amène à se poser un certain nombre de questions sur l’hétérogénénité des résultats et des terminologies. A l’heure où les publications se multiplient et que leur utilisation en les citant à la va-vite sur les réseaux sociaux avec des conclusions traduites présentées comme des certitudes, puis déformées au fil des reprises de chacun à travers une « peopolisation » de l’actualité scientifique, il nous semble important à nouveau de rappeler le niveau de critique que nous devons tous avoir sur les publications. Par exemple nous appelons toujours à la vigilance quand il y a un biais de nomenclature, ou que la publication est un pre-print (nous le signalons). La base également est de ne pas ne pas se limiter au résumé (abstract), de le traduire et de le transmettre. Il est indispensable de lire l’étude, d’analyser autant son contenu que son design et son niveau de validation méthodologique et scientifique, quantifier les données et les résultats, demander l’avis d’experts externes à l’étude, contacter les auteurs etc. Bref, un peu de bon sens, du temps et d’esprit critique.
Une publication éditée dans une revue n’est pas forcément validée et c’est là toute la problématique. En 2003, déjà la missive était lancée par Nathalie Cheynel, « Dans l'évolution que connaît actuellement le paysage éditorial scientifique, il convient donc de s'interroger sur le positionnement de ces acteurs les uns par rapport aux autres, la question centrale étant : les nouvelles formes de publication scientifique qui apparaissent aujourd'hui sur Internet adoptent-elles une position de concurrence, de coexistence ou de complémentarité par rapport aux revues scientifiques traditionnelles ? Cette interrogation, qui porte sur l'offre, mérite également d'être posée sur le plan des usages. » Dans ce prolongement, Kinesport s’efforce de se structurer sur la veille et l’analyse scientifique à travers une démarche bien établie pour favoriser nos pratiques factuelles. Sa bibliographie est sélectionnée selon différents critères, son niveau de pertinence et de validation et de ses implications réflexives et/ou pratiques. Dans ce domaine nous sommes très vigilants par exemple sur les études épidémiologiques. La surveillance des blessures dans le sport professionnel classe les blessures en deux catégories : "nouvelles" et "récurrentes". Afin de rendre la catégorisation plus spécifique, des modèles de catégorisation des blessures ont été développés, mais on ne sait pas à quelle fréquence ces modèles sont utilisés.

Rappelons qu’une blessure indexée est désignée comme la première blessure survenue (au cours de la période d'étude) et toute blessure survenue après cette première blessure est considérée comme une blessure subséquente. Les blessures récurrentes, ou rechutes ou reinjuries, ont été définies comme une blessure subséquente du même type et sur le même site qu'une blessure indexée. Cette définition a été confirmée début 2020, par la publication de la déclaration de consensus du Comité international olympique 2020 "Methods for Recording and Reporting of Epidemiological Data on Injury and Illness in Sports 2020 ". La rechute ou re-injury a été définie comme un épisode répétitif d'une blessure "indexée " entièrement récupérée (sur la base d'un avis médical et de préférence de critères RTS), et une exacerbation a été recommandée pour être utilisée s'il y a une aggravation de l'état d'une blessure primaire (index) non récupérée.

Bitchell et al. (2020) ont publié une systematic review dont l'objectif était d'évaluer la manière dont les blessures récurrentes et subséquentes sont signalées dans le sport professionnel et d'élite : « Recurrent and Subsequent Injuries in Professional and Elite Sport ». Le constat est saisissant, la déclaration de la nature récurrente ou subséquente d'une blessure reste incohérente au sein de la recherche. Sur 30 des articles qui ont satisfait à leurs critères d'extraction des données ne faisaient pas état de blessures récurrentes et seules trois études ont utilisé des modèles de catégorisation des blessures subséquentes pour classer les blessures subséquentes, deux seulement utilisant le SIC 1.0 et une utilisant le SIC 2.0.

Nous vous proposons d’étudier plus précisément cette systematic review.

Systematic review

Le risque de blessure associé à la pratique d'un sport peut varier selon le type de sport et le niveau de jeu. L'une des principales priorités de toute équipe médicale dans un environnement sportif professionnel ou d'élite est de réduire le nombre de jours d'indisponibilité d'un joueur au cours d'une saison. L'enregistrement prospectif des blessures peut contribuer à éclairer le développement d'interventions visant à la prévention des blessures et à la réadaptation. Afin d'améliorer le développement des programmes de prévention des blessures, un cadre en quatre étapes identifiant le problème et l'étiologie des blessures a été initialement développé par van Mechelen et al. Finch a proposé un cadre actualisé en 2006, le Translating Research into Injury Prevention Practice (TRIPP), afin de continuer à constituer une base de données probantes pour une prévention efficace des blessures. Les deux cadres précisent que l'utilisation de données objectives