Les disques intervertébraux ne glissent pas ?

Jarod Hall
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Exemple de la plateforme de vidéos conférences EBP
Jarod Hall (PT, DPT, CSCS) est physiothérapeute, directeur de clinique, membre adjoint du corps enseignant et conférencier régulier sur la gestion de patients complexes avec une approche simple ancrée dans le modèle biopsychosocial. Il a beaucoup écrit sur la thérapie manuelle, la science de la douleur, la simplification de la pratique clinique et divers autres sujets liés à la physiothérapie. Il anime aussi le blog Evidence Informed Physical Therapy , Blog fondé sur des données probantes et consacrés à divers sujets d'actualité dans le domaine de la thérapie physique, du fitness et de la nutrition.
Il nous raconte et explique son point de vue étayé :

Les disques intervertébraux, entre peur et croyances

  • Des disques puissants de la plus haute importance ; 

  • le centre du dysfonctionnement de la colonne vertébrale ; 
  • la source de la douleur ; 
  • l'insaisissable créature mystique qui vit dans votre dos et fait descendre la douleur le long de votre jambe : 


Les disques intervertébraux ont acquis une certaine réputation dans la société actuelle. Tout le monde semble « en savoir » un minimum sur eux et avoir toujours plus à dire à leur sujet. La plupart des gens ont tendance à considérer les disques comme des structures assez fragiles, facilement lésées et même facilement mobiles dans la colonne vertébrale. Mais à quel point les croyances communes sont-elles exactes ? Au fur et à mesure des conversations avec ses patients ET les professionnels de santé, il devient de plus en plus évident que la perception exacte de ces structures anatomiques en relation avec l'anatomie, la fonction et la douleur n'est pas encore claire.

L’anatomie des disques intervertébraux

Alors, quel rôle joue un disque ? Quelle est son anatomie réelle ? A quelle fréquence est-il réellement blessé ? Peut-il guérir ? Est-ce qu'il « glisse » ? Ce sont toutes des questions pertinentes auxquelles nous devrions prendre le temps de répondre. Comme vous pouvez le voir sur la figure 1, le disque se trouve entre nos vertèbres. Chaque segment de notre colonne vertébrale comporte un disque à l'exception du niveau C1-C2 et du niveau entre le bas de votre crâne et les vertèbres supérieures (C0-C1). Chaque disque forme une articulation fibrocartilagineuse entre deux vertèbres pour permettre un léger mouvement de ces dernières et agit comme un ligament pour les maintenir ensemble. Ce type d'articulation fibrocartilagineuse peut également être appelé symphyse. Si vous connaissez un peu les articulations symphysaires, vous savez qu'elles sont EXTRÊMEMENT FORTES. D'autres exemples sont la symphyse pubienne qui relie deux os pubiens dans votre bassin antérieur, ainsi que l'articulation entre le sternum et le manubrium dans votre poitrine. Toutes ces articulations sont des exemples d'articulations très robustes, capables de résister à des forces considérables sans faillir. Les disques jouent également un rôle important en tant qu'amortisseurs de chocs dans la colonne vertébrale. Leur structure est conçue de manière unique pour que cela se fasse sans effort.
Figure 1

Les disques sont composés d'un anneau fibreux externe appelé annulus fibrosus. L'annulus fibrosus est constitué de plusieurs couches ou anneaux de fibrocartilage composés de collagène de type I et de type II. Ces couches entourent un matériau central interne gélatineux appelé nucleus pulposus (noyau pulpeux). Le nucleus pulposus contient des fibres lâches suspendues dans un gel muco-protéique qui aide à répartir la pression de manière uniforme sur le disque et à prévenir les forces excessives sur la plaque terminale vertébrale. Sur les figures suivantes (figures 2 et 3), vous pouvez apprécier l'anatomie approximative du disque et de la plaque terminale vertébrale.
Figure 2
Figure 3

L'aspect intéressant de la plaque terminale vertébrale est qu'il y a à la fois une plaque terminale osseuse et une plaque terminale cartilagineuse qui créent une connexion exceptionnellement forte avec l'anneau du disque, rendant IMPOSSIBLE le glissement du disque. Oui, vous avez bien entendu. LES DISQUES NE PEUVENT PAS SE DÉPLACER comme une savonnette sous la douche. Les plaques terminales ont pour fonction de maintenir les disques en place, de répartir uniformément les charges appliquées et de fournir un ancrage aux fibres de collagène du disque. Elles agissent également comme une interface semi-perméable pour l'échange d'eau et de solutés, comme le montre la figure 4.
Figure 4

Les disques ne glissent pas


Jarod explique qu'il ne compte plus le nombre de fois où il a entendu les citations suivantes : « J'ai mal au dos depuis que j'ai fait glisser un disque à l’âge de 29 ans », « Ne te penche pas comme ça tu vas te faire un glissement discal ! », « Ne soulève pas ça, tu risques un glissement discal », « Je ne peux pas faire ça, j'ai un disque qui a glissé ». Le problème de ces affirmations est que les disques NE glissent PAS et NE PEUVENT PAS glisser.

Les disques peuvent-ils être lésés ? Bien sûr. Les disques peuvent-ils guérir ? Absolument. Mais quelle est la résistance réelle des disques ? Une étude a examiné la résistance à la compression et à la traction des disques thoraciques chez les populations jeunes et plus âgées (28 +/- 8 et 70 +/- 7 ans respectivement). Les auteurs ont constaté qu'il faut environ une charge de 740 livres-force (3292 newtons) pour comprimer la hauteur du disque de 1 mm chez les sujets jeunes et une charge de 460 livres-force (2046 N) pour comprimer la hauteur du disque de 1 mm chez les sujets plus âgés. Il faut garder à l'esprit qu'il s'agit de disques cadavériques dont le support osseux a été retiré et qui ne présentent aucune co-contraction active dans les tissus musculaires environnants. Il est évident que chez un être humain au fonctionnement normal, les structures contractiles actives ajoutent une force et une stabilité supplémentaires. Au final, les disques sont TRÈS solides. Cependant, nous savons que les forces de cisaillement sont beaucoup plus susceptibles de blesser les disques, tout comme elles sont plus susceptibles de blesser les ligaments. C'est pourquoi ce n'est probablement pas non plus une bonne idée de soulever des objets lourds avec une flexion vertébrale extrême dans un mouvement de torsion brusque (évitez de faire comme Peter).

Mais qu'en est-il lorsqu'un disque est déjà blessé ? Le tableau 1 montre bien les pourcentages de disques qui guérissent après avoir été blessés à différents degrés.
Tableau 1. Taux de guérison des disques selon la forme d’hernie discale (Nakashima H, Yukawa Y, Suda K, Yamagata M, Ueta T, Kato F. Abnormal findings on magnetic resonance images of the cervical spines in 1211 asymptomatic subjects. Spine. 2015;40(6):392-8.)
Jarols explique qu'il a beaucoup écrit sur ce sujet dans un autre article intitulé "Et si je vous disais que les disques guérissent ?" (en anglais). De plus, une « blessure » discale survient assez souvent en l'absence de douleur et vous ne le savez même pas. De nombreuses recherches de haute qualité montrent qu'il y a de fortes chances que vous ayez une « blessure » discale indolore et bénigne au moment même où vous lisez cet article.

Ne pas faire mal aux patients


Le véritable cœur du problème et le but de cet article ne sont pas d'entrer dans un débat sémantique sur le « glissement » des disques et ce qui se passe réellement. Il s'agit plutôt de transmettre l'importance d'être formé sur la véritable nature de l'anatomie avec laquelle nous traitons et éduquons les patients quotidiennement. Comment pouvons-nous espérer que les patients réussissent si nous les abreuvons de fausses informations pouvant créer chez eux des images mentales très vives de désastre vertébral ? Si nous renforçons les sentiments et les mentalités de fragilité liés à la colonne vertébrale, nous commettons un véritable péché de physiothérapie. Nous brisons notre vœu de ne pas faire mal. Nous promouvons un scénario qui est en contradiction avec notre fonction même. Nous sommes des physiothérapeutes, des kinésithérapeutes, des thérapeutes PHYSIQUES. Il est peu probable que beaucoup de gens aient envie de redevenir PHYSIQUES s'ils craignent d'avoir un disque « glissé » qui n'est pas à sa place et qui est sur le point d'exploser.

Jarod  demande de ne plus « nourrir » cette problématique. Soyez déterminé et sûr dans le langage que vous utilisez et dans la manière dont vous expliquez les conditions aux patients. Il est de plus en plus évident que ce que nous disons à nos patients PEUT avoir un impact durable.

Il propose par un sorte de serment de

  • faire un effort diligent pour choisir le langage utilisé pour expliquer les blessures et les états douloureux aux patients, amis, famille et autres professionnels de santé; 
  • s' abstenir d'utiliser des termes tels que, mais sans s'y limiter, glissement discal, rupture discale, déchirure discale, nerf pincé, nerf coincé, nerf écrasé, disque écrasé, etc. 
  •  faire tout son possible pour ne pas encourager les comportements d'évitement de la peur et les idées selon lesquelles le corps humain est fragile.

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