Évaluation du plancher pelvien chez les athlètes de CrossFit® et incontinence urinaire : une étude observationnelle transversale

Jun 15 / Benjamin FRAISSE
L'incontinence urinaire est le trouble du plancher pelvien le plus courant et peut survenir chez les femmes de tous âges, mais sa prévalence augmente en corrélation directe avec l'âge des femmes, ce qui a un impact important sur la qualité de vie et la sexualité. Néanmoins, de plus en plus de preuves suggèrent que la fréquence des pertes urinaires chez les femmes jeunes et nullipares est en augmentation, en particulier chez les personnes qui pratiquent des sports à fort impact sur les muscles du plancher pelvien, comme par exemple le CrossFit®, et peuvent aussi être à l’origine de baisse de la performance dans le sport, voire dans certains cas d’abandon du sport.
Cette étude observationnelle transversale a comparé 21 femmes actives (AG), pratiquantes de CrossFit® (plus de 6 mois de pratique, plus de 3 séances/semaine), avec 21 femmes sédentaires (CG) (- de 150 minutes d’activité physique/semaine), concernant la force des muscles du plancher pelvien ainsi que leur capacité de contraction.

Méthode

ICIQ-SF (The International Consultation on Incontinence Questionnaire – Short Form) + Évaluation fonctionnelle digitale (force de serrage, échelle d’Oxford modifiée, de 0 à 5) + Évaluation EMG. Le protocole EMG utilisé a été adapté du protocole de Glazer (2012) : 

  • (a) 30 secondes de repos pour accéder à l'activité musculaire moyenne au repos.
  • (b) contraction volontaire maximale (MVC) suivie de 30 secondes de repos, pour évaluer la MVC et l'activité musculaire moyenne.
  • (c) contractions phasiques - le plus grand nombre de contractions rapides et fortes a été demandé en 10 secondes, suivi de 30 secondes de repos.
  • (d) contraction soutenue - une contraction soutenue a été demandée pendant 10 secondes, suivie de 30 secondes de repos.

Résultats

Selon l'analyse du questionnaire ICIQ-SF:

  • + d'irrégularités du cycle menstruel chez les AG

  • + grand taux d'utilisation de méthodes contraceptives
  • + de suivi gynécologique annuel chez les CG
  • la prévalence de l'incontinence urinaire dans l'échantillon total était de 34,1%, avec seulement 2 femmes dans le groupe CG contre 12 femmes dans le groupe AG. Sur ces 12 femmes, 9 reportaient une incontinence seulement lors de l’exercice, et en particulier sur les exercices de sauts et d’haltérophilie.

  • Dans l'évaluation fonctionnelle du plancher pelvien, les femmes sédentaires présentaient une force moyenne supérieure à celle des pratiquantes de CrossFit® (CG = 3,71 ± 1,19; AG = 3,25 ± 0,91) ; toutefois, cette différence n'était pas significative (p = 0,168). Aucune participante n'a montré une force inférieure à 2/5. Chez les CG, 8 femmes avaient une force maximale 5/5, contre 1 seule femme chez les AG.
  • Aucune différence significative n'a été trouvée entre les variables de l'EMG. Contrairement aux résultats de l'évaluation fonctionnelle, la MVC était supérieure chez les pratiquantes de CrossFit® (CG = 53,89 ± 29,7; AG = 72,24 ± 33,13 ; p = .069). Ce comportement s'est également maintenu dans l'évaluation des contractions phasiques.

Discussion/Limites


  • À ce jour, il est suggéré que l'exercice physique à fort impact est un facteur de risque important pour le développement des symptômes de l'incontinence urinaire.
  • Une des limites ici était l'évaluation EMG des participantes uniquement au repos, sans la reproduction du moment où les athlètes perdent de l'urine.

Conclusion