Force isocinétique après une reconstruction du LCA : Influence de la reconstruction concomitante du ligament antérolatéral (ALLR)

Apr 20 / Benjamin FRAISSE
Afin de réduire le taux de rupture de la greffe du ligament croisé antérieur (LCA), 2 types de plasties extra articulaires peuvent être proposées : l’historique Lemaire modifié utilisant une partie de la bandelette ilio tibiale, et une intervention chirurgicale plus récente, utilisant le tendon du gracile, pour reconstruire le ligament antérolatéral (ALLR).

Les précédentes études publiées par le groupe SANTI ont démontré un impact positif sur l’instabilité rotatoire de la reconstruction du ligament antérolatéral : dans une population à haut risque de jeunes patients pratiquant des sports de pivot, le taux de rupture de greffe pour ACL+ALLR est 3,1 fois moins élevé que pour la reconstruction isolée du LCA (ACLR), tout en étant associé à une plus grande probabilité de retour au niveau sportif d'avant la blessure.
La reconstruction concomitante du ALL nécessite, en plus du prélèvement du semi-tendineux (LCA isolé), le prélèvement du tendon du gracile, mais son influence sur la récupération de la force musculaire du genou reste inconnue : les auteurs de cette étude de cohorte rétrospective ont cherché à évaluer l'influence de la reconstruction concomitante du LCA + ALLR avec greffe de gracile sur la force des muscles extenseurs et fléchisseurs du genou à 6 mois postopératoire.

Méthode

  • 186 patients ont été répartis en deux groupes en fonction du type de chirurgie : LCA + ALLR (greffe : semi tendineux + gracile, n = 119) ou LCA isolé (greffe : semi tendineux, n = 67)
  • 6 mois après la chirurgie, la force unilatérale des muscles extenseurs et fléchisseurs du genou a été évaluée de chaque côté, à l'aide d'un dynamomètre iso cinétique à 90, 180 et 240 degrés/seconde pour les contractions concentriques et à 30 degrés/seconde pour les contractions excentriques et comparée entre les groupes à l'aide d'une analyse de variance statistique paramétrique.
  • L’évaluation s’est effectuée en position assise, après un échauffement de 6 minutes sur vélo stationnaire. Le genou non blessé a été évalué en premier afin d'assurer la confiance du patient lors de l'évaluation du genou opéré.

Résultats

Pourcentage de diminution des couples de force des extenseurs et fléchisseurs du genou entre le côté blessé et le côté non blessé, à chaque vitesse angulaire évaluée, pour le groupe de patients ayant subi une reconstruction combinée ACLR+ALLR, et pour le groupe de patients ayant subi une reconstruction isolée du LCA (ACLR).


  • Indépendamment de la chirurgie et du muscle, la jambe blessée a produit une force significativement inférieure à celle de la jambe non blessée tout au long de la flexion et de l'extension du genou de 30° à 90° pour chaque vitesse angulaire (30, 90, 180 et 240 degrés/s).
  • Les couples produits par les muscles fléchisseurs et extenseurs du membre inférieur non blessé pendant la flexion ou l'extension du genou (de 30° à 90°) étaient équivalents quel que soit le type de contraction et la vitesse angulaire. Ils se situaient dans la fourchette rapportée chez les athlètes sains lors d'une contraction concentrique à des vitesses comprises entre 240 et 60 degrés/seconde, à savoir des pics de couple allant de 1,7 à 3,5 N-m/kg pour les muscles extenseurs du genou et de 1,05 à 1,9 N-m/kg pour les muscles fléchisseurs du genou. Le membre inférieur non blessé de nos participants peut être utilisé comme référence pour mettre en évidence les conséquences postopératoires de l'ACLR.
  • La force isocinétique des muscles du genou opéré à 6 mois post opératoire est similaire entre le groupe ACL + ALLR et le groupe ACLR isolé.
  • Le rapport fonctionnel (force excentrique des fléchisseurs /force concentrique des extenseurs) était similaire entre les 2 côtés et les types de chirurgie tout au long de l'extension du genou (de 30° à 90°).
  • L’ampleur du déficit de force isocinétique à 6 mois restait supérieure aux 10 % attendus pour le RTS, ces 10% de