Réponses aigües neuromusculaires, physiologiques et de la performance après un entraînement en force chez les coureurs : Une revue systématique et une méta-analyse

Oct 11 / Quentin Duffoire
Pour améliorer les paramètres physiologiques neuromusculaires et de performance, les routines des coureurs amateurs et professionnel comprennent des méthodes d’entraînement des capacités motrices, notamment par l’entraînement continu, par intervalles ou mixte. De plus, le développement spécifique de la capacité cardio-pulmonaire est essentielle pour améliorer l’efficacité des échanges gazeux augmenter la consommation d’oxygène (VO2 max), le seuil de lactate, la capacité de stockage du glycogène intramusculaire et augmenter la densité mitochondriale, qui sont des conditions importantes pour la performance dans la course sur route.
En outre, l’amélioration des facteurs mécaniques (fréquence et longueur de la foulée), neuromusculaires (cycle d’étirement et de raccourcissement, rigidité muscle-tendon et force musculaire) et morphologiques (distribution des fibres) améliore l’économie de course, ce qui permet de différencier les coureurs d’élite sur de longues distances.

Bien qu’il existe des recommandations pour la réalisation d’entraînements de la force musculaire (ST), il est connu qu’une séance d’entraînement simultanée peut avoir un impact négatif sur une séance ou sur une performance ultérieure et générer une fatigue résiduelle aigue. Différents processus physiologiques ont été évoqués pour expliquer ce phénomène : dommages musculaires (niveaux de créatine kinase [CK] plus élevés, douleurs musculaires à retardement [DOMS]), changements cinématiques, dépense énergétique plus élevée, fatigue neuronale et épuisement du glycogène, ce qui peut entraîner une baisse des performances aérobie et anaérobies.
Avis du pôle scientifique de Kinesport
Pastille orange

Cette revue systématique et méta-analyse est un article à risque de biais modéré. Certains critères méthodologiques ne sont pas respectés :
  1. l’intégration de termes MeSH dans l’équation de recherche n’a pas été faite pouvant engendrer une perte d’articles,
  2. la notion de schéma d’étude n’apparait pas dans les critères d’inclusion/exclusion alors qu’ici les schémas d’études en adéquation avec la question de recherche sont les essais cliniques randomisés et les revues systématiques,
  3. la grille de lecture utilisée pour l’évaluation de la qualité des articles ne prend pas en compte tous les critères méthodologiques majeurs,
  4. les articles de la revue jugés à haut risque de biais sont intégrés à la méta-analyse rendant difficile son interprétation.

Par conséquent, plusieurs biais ont pu être introduits dans différentes étapes du protocole de la revue pouvant sur ou sous-estimer les résultats. Ces résultats ne reflètent donc peut-être pas la réalité.
L’objectif de cette revue systématique et de cette méta-analyse est alors de vérifier les réponses aigües (c’est à dire immédiatement après, et à 24 ou 48h) d’une seule séance de ST sur les variables neuromusculaires, physiologiques et de la performance des coureurs.

Méthodologie

 Stratégie de recherche

Recherche systématique sur des articles en rédigés en anglais dans les bases de données Pubmed et Scopous, publiés entre 1995 et 2021. Pour systématiser la recherche, les opérateur booléens (AND et OR) ont été combinés avec les termes suivants : « force », « résistance », « musculation » , « puissance », « pliométrie, « simultané », « force et endurance combinée », exercice », entraînement », « course à pied », « coureur », « performance », « temps », « épuisement », « vitesse », « efficacité », « endurance ». 

 Critères d’inclusion et d’exclusion

Critères d'inclusion
  • Intervention qui comprend un protocole d’exercice physique caractéristique du ST pour les membres inférieurs (MI)
  • Évaluation de la performance de la course à pied chez les coureurs (amateur et professionnels)
  • Tests utilisés d’une durée supérieures à 75s
  • Étude qui présente un nombre de participants et toutes les données suffisantes au calcul de la taille de l’effet étudié
Critères d'exclusion
  • Texte intégral non disponible
  • Textes non rédigés en anglais 
  • Étude non réalisée chez l’humain
  • Prise de médication utilisée dans tous les groupes expérimentaux en même temps que le ST
  • Entrainement ST en plus d’une session d’entraînement 

 Critères d’éligibilité 

  • Articles qui comparent les performances de course des groupes expérimentaux, qui ont effectués une séance de ST, à celle du groupe témoin ou à un moment antérieur à l’intervention.
  • Études réalisées sur des hommes ont été retenus, quel que soit le protocole de ST (traditionnel, explosif, simultané, multifactoriel, pliométrique)
  • Protocoles choisis pour l’exercice (si durée de l’entraînement supérieur à 15min) : charges légères, modérées ou intenses, submaximales ou maximales.
Les résultats primaires ont été mesurés en évaluant la performance sur tapis roulant ou lors de tests de course sur piste, l’économie de course, ou le temps jusqu’à épuisement sur des tests incrémentaux.

La Joanna Briggs Institute (JBI) « Critical Apparaisal Check-list for Analytical Randomized Controlled Trial and Non-Randomized Experimental Studies »* a été utilisée pour vérifier la qualité méthodologique des articles inclus.
Le score de chaque article a été calculé en pourcentage et la qualité de chaque étude a été évaluée comme étant élevée (80-100%), moyenne (50-79%) ou faible (inférieure à 50%).

*La JBI consiste en 8 questions qui évaluent la qualité méthodologique des articles sur la base des critères suivants : sélection des participants, variables confusionnelles, validité et fiabilité des résultats.

Résultats de la méta-analyse

Par synthèse qualitative, la performance de course a montré une réduction de la vitesse du groupe expérimental dans deux études et dans toutes celles qui ont évalué le temps jusqu’à épuisement. 

Discussion

Il a été vérifié que la réalisation d’une séance de ST, même à haute intensité, avec un intervalle de 24h pour une séance de course sous-maximal, ne modifie pas la réponse du saut vertical, la capacité respiratoire physiologique, la performance lors de l’entraînement ou de la course sous-maximale.

D’une part, les adaptations neuromusculaires et mécaniques dues au ST présentent déjà des preuves sur les avantages de la performance aérobie. D’autre part, la connaissance des effets immédiats et à court terme d’une séance de ST sur les variables indirectes et directement liées à la performance de course est nécessaire et devrait faire partie de la planification de l’intersaison.

Les résultats ont montré un effet délétère du ST sur les variables Pt, DOMS, CK, RPE. Or, on sait que la fatigue accumulée après une entraînement ST est due à des facteurs centraux, à l’altération locale et périphérique de la structure du sarcolemme et à l’accumulation de métabolites dans le flux sanguin et au déséquilibre ionique. Par conséquent, on s’attend à ce qu’il y ait des changements dans les aspects mécaniques durant la séance.

L’efficacité mécanique a été signalée comme un déterminant important dans l’économie de course. Cependant, une étude n’a montré aucun changement dans la longueur de la foulée, et trois ont montré une réduction de cette longueur. Par conséquent, les variations de la technique de course n’ont pas favorisé l’économie de course après une séance de ST.

Applications pratiques 

  • Le ST n’entraîne pas d’amélioration de la performance à court terme
  • Le ST provoque des effets délétères sur les variables neuromusculaires. Ainsi, il est plutôt recommandé de prendre soin de diminuer les dommages musculaires potentiels avant une course pour ne pas altérer la mécanique de la foulée, afin qu’elle reste la plus économique possible.
  • L’utilisation du ST dans les programmes combinés pourrait être indiquée comme un bénéfice aérobique et peu indiqué pour des gains de performance à court terme pour le coureur. Ainsi, des séances régulières (effet chronique) et alternées restent recommandées pour améliorer les performances du coureur sur le long terme.